« Agila » d’Extremoduro fête ses 25 ans.  Spécial à Mondo Sonoro

« Agila » d’Extremoduro fête ses 25 ans. Spécial à Mondo Sonoro

13 mars 2022 0 Par Le Caiman

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Mardi dernier, le 23 février, c’était le 25e anniversaire du lancement de « Aigle » (DRO/Warner, 96), l’album qui marquera l’avant et l’après dans la carrière de extrême dur. Le groupe de Roberto Iniesta quittera l’underground pour connaître un succès commercial grâce à la qualité indéniable de ces treize chansons.

Depuis « Nous sommes des animaux » (91), premier album considéré comme officiel par le groupe, Extremoduro maintient son rythme de sortie d’un album par an. Au succès relatif de « Deltoya » (92) l’avait suivi « Où sont mes amis? » (93), la réédition de « Rock transgressif » (réenregistrement en 1994 sur les démos de son premier film, « Vous dans votre maison, nous dans le feu de joie »initialement enregistré en 1989) et la sortie en 1995 de « Pèdre »l’expérience (une seule chanson d’une demi-heure) qui avait été enregistrée il y a deux ans.

Mais extrême dur ils étaient loin d’être un groupe stable. C’était plutôt le projet de l’inépuisable Roberto Iniesta, qui n’avait plus les musiciens de sa Plasence natale ni ceux qui avaient restructuré le groupe à Barcelone pour « Où sont mes amis? ». Fatigué du soi-disant « temps de chaos » et du caractère maudit qu’il s’était lui-même créé, il est allé vivre dans la maison qu’il avait achetée à quelques kilomètres de Grenade en quête de paix. Ni sa compagne (ils s’étaient séparés) ni sa santé (mal aux oreilles et début de tuberculose) ne l’accompagnaient, selon Lino Portela dans son article « Robe Iniesta: La véritable histoire de Jésus-Christ García »publié dans le numéro 140 de l’édition espagnole éteinte du magazine Rolling Stone (juin 2011).

Il reçut la visite d’amis rescapés du dépaysement : le poète valencien Sor Kampana, le gérant de Los Del Tonos Juan Bosco et surtout Iñaki ‘Uoho’ Antón. Le guitariste de Platero y Tú, en effet, avait produit et joué sur leurs deux derniers albums, « Pèdre » et « Rock transgressif ». Lorsque Robe lui a montré les nouvelles chansons sur lesquelles il travaillait, il a été étonné. À la fin de cette année 1995, ils déménageraient à Madrid pour commencer à enregistrer « Aigle » (« espabila » en castúo, le dialecte d’Estrémadure) dans les studios Box.

Encore une fois, et comme cela finira par être jusqu’à aujourd’hui, Extremoduro sera mené par Robe en tant que chanteur, guitare rythmique et compositeur de toutes les chansons, et Uoho en tant que guitariste solo, multi-instrumentiste (claviers, percussions, instruments à vent, basse et tout ce qu’il fallait), arrangeur et producteur artistique. Le noyau du groupe qui est venu enregistrer (collaborations séparées) finira par être basé sur Ramón ‘Mon’ Sogas (basse), Iñaki ‘Milindris’ Setien (guitare) et Alberto ‘Capi’ Gil (batterie).

C’est ainsi que Uoho lui-même s’en souvient dans le livre « 201 chansons pour devenir accro au pop rock espagnol » (VV.AA., 06) : « J’ai dû contrôler tout ce troupeau, organiser toute cette anarchie (…). Nous ne sommes pas sortis boire un verre, la fête était là ». Robe est bien sorti tous les soirs pour manger un sandwich à l’omelette, un moment dont Iñaki a profité pour introduire le métronome dans les chansons, comme l’explique Lino Portela dans l’article précité, où il affirme qu’Iñaki « devait le faire en secret » depuis Robe « détestait ce petit gadget » pour le considérer comme « anti-musical ». Le tout en seulement trois semaines, car comme le commente Uoho « à cette époque, ils ne nous laissaient pas beaucoup de temps ».

« Agila » : chanson après chanson

1.- « À la recherche d’une lune »

Les accords acoustiques de Robe et le saxo de José Sañudo captivent dès la première seconde de « Buscando una luna », qui commence par citer un paragraphe du poème « Por Tierras de España » d’Antonio Machado (« Warful plains and ascetic paramos… ») jusqu’à cède bientôt la place à la distorsion.

2,3.- « Prométhée »- « Ça arrive »

Il existe de nombreux poèmes que Robe emprunte à d’autres poètes pour les paroles de l’œuvre. Miguel Hernández apparaît dans le montage suivant, « Prometheus » : « Je ne me lève ni ne me couche un jour où je n’ai pas été méchant cent fois ». Il rejoint la course à pied avec « Sucede », qui s’ouvre sur une phrase de Pablo Neruda : « Il arrive que je me lasse d’être un homme » (tiré du poème « Walking Around »).

4.- « Alors clown »

« So Clown » a beaucoup à voir avec le succès commercial de « Aigle ». Principalement parce que c’était le premier clip vidéo officiel d’Extremoduro. On y voit deux versions du groupe : celle vêtue d’un smoking sur une scène de théâtre, et celle qui apparaît dans leurs vêtements habituels pour se moquer d’eux (ils finissent par leur jeter des œufs). Riant d’eux-mêmes et de l’appareil promotionnel auquel ils ont toujours été si allergiques. Cependant, le résultat (dont nous parlerons plus tard) était indéniable.

5.- « Le jour de la bête »

Suit un nouveau mix de « El día de la bestia », que nous avions déjà entendu dans le cadre de la bande originale du film homonyme (Alex de la Iglesia, 1995). Enregistrée et mixée chez Lorentzo Records (les studios biscayens d’Aitor Ariño, où ils avaient déjà enregistré « Pedrá »), la première version comportait la voix d’Albert Pla, qui a été éliminé dans ce nouveau remix.

6.- « Thomas »

Les révolutions s’accélèrent avec « Tomás », où de précieuses collaborations de Fito (alors chanteur de Platero et Tú deviendront inséparables) à la guitare espagnole et de Reverendo (le claviériste attitré d’El Gran Wyoming, que l’on verra dans les programmes de la première version de « Caiga Quien Caiga ») au Hammond, on ne sait pas très bien si car ils disparaîtraient dans le mix final.

7, 8.- « ‘Quel étrange sourire! » – « Tête baissée »

La voix d’Albert Pla est bel et bien apparue dans les premiers couplets du délicieux « Quel étrange sourire ! ». Robe rendrait la pareille à son compère catalan en collaborant sur « Pepe Botika », la version particulière d’Extremoduro qu’il a mis sur « La vingtaine à Albuquerque», le faux direct publié en 1997. Retour à « Aigle »la distorsion revient sur le devant de la scène dans « Cabezabajo ».

9, 10- « Ouvre ma poitrine et cherche » – « Tout le monde me le dit »

Un autre poème, emprunté cette fois à son camarade Antonio Belarte Alíaga (le poète valencien mentionné surnommé ‘Sor Kampana’), a servi pour la fermeture brutale de « Ábreme el cuerpo y registra ». De la même manière, un poème de Román Romero Ruiz a inspiré les paroles du morceau suivant, « Todos me dice ».

11.- « Roadrunner soit à l’affût »

« Roadrunner be the perroquet », cet hommage particulier au personnage malheureux de Coyote, était issu d’une première strophe composée par Ramone (Captain Caveman), qui serait également chargé de dessiner la couverture de « Aigle » tout comme il l’avait fait avec l’album précédent (« Pedra”) et comment feriez-vous avec le dernier (« Allez tous vous faire foutre »).

12.- « La course »

« La Carrera » était aussi une autre chanson que Robe avait à moitié composée (quelque chose d’inhabituel) en 1983 et dont il a sauvé la sauvagerie (typique de l’époque) pour l’occasion. Dans ce cas, le co-auteur était Zosi, avec qui il était membre du groupe Lethal Dose au début des années 1980 à Plasencia avant de former Extremoduro et qui des années plus tard sera emprisonné pour avoir emmuré sa propre sœur.

13.- « Je décolle »

En clôture finale, l’incursion dans le flamenco de « I’m take off », où la voix de Robe n’était accompagnée que de la guitare espagnole et du tambourin de Fito et de la flûte de José Sañudo. Tout a commencé par cette conversation avec son ami ‘Manué’, une blague qu’ils répéteront de manière de plus en plus surréaliste dans les dernières coupes de presque tous leurs albums ultérieurs. Le succès de cette chanson anecdotique obscurcirait presque le fait qu’il s’agissait de la seule version qu’Extremoduro avait incluse dans sa discographie officielle (d’autres versions apparaissent par exemple sur les albums hommage à Rosendo ou Leño), malgré le fait qu’il s’agissait bien crédité qu’il s’agissait d’une variation sur le thème original de Tabletom. Cependant, cela servirait à attirer l’attention sur le groupe de Malaga.

Le lancement

« Aigle » Il est sorti en CD et cassette le 23 février 1996 sur DRO, son label habituel depuis 1991 (déjà absorbé par Warner à l’époque). Deux couvertures, celle mentionnée par Ramone qui irait au premier plan (dans ce qui ressemble à Robe lui-même émergeant d’une flaque d’eau au milieu de la steppe d’Estrémadure) et une autre illustration de Tomás qui irait à la quatrième de couverture du livret. Le tout mis en page par M. Guio avec une photo du groupe dans la partie centrale réalisée par Estanis. La photo du tatouage d’Iniesta (baleines traversant le ciel dessinées sur sa poitrine) servira pour la couverture arrière du CD.

Le succès n’a pas attendu. extrême dur Ils ne sonnaient plus seulement dans les squats et les tripots, mais aussi dans les discothèques, les radios nationales, toute bouteille qui se respecte et comme point culminant de toute fête de ville. Le public qui a découvert le groupe avec cet album s’est empressé de dévorer les cinq précédents.

Sa qualité est indéniable. L’équilibre parfait entre la fraîcheur de leur étape précédente et la production correcte (parfois même excessive dans les œuvres ultérieures) qui s’installera au sein du groupe lorsque Uoho entrera en tant que membre officiel en 1996. La viscéralité n’était pas en contradiction avec l’élégance, ni la poésie sublime. avec les mots grossiers. Beaucoup essaieront de l’imiter sans succès.

La presse spécialisée (qui dans de nombreux cas avait ignoré ses travaux précédents) se tourna vers cet album, tandis que le clip vidéo de « So Clown », l’œuvre de Mikel Clemente, remportera le prix du meilleur clip vidéo lors de la 1ère édition du Music Prix ​​de Musique organisé par la SGAE en 1997.

Les ventes ont explosé comme une traînée de poudre. En 1999, il a été certifié double platine en vendant 200 000 exemplaires en Espagne. Le 25 mai 2011, dans le cadre de la réédition de presque tous les albums du groupe, une nouvelle édition remasterisée est apparue qui comprenait une piste bonus. À partir de cette version, il sortira en vinyle le 11 mars 2014.

La tournée de présentation a commencé en avril de cette 1996, avec Uoho comme membre officiel et Ratanera (un groupe de Grenade dont les membres ont enregistré les chansons « So clown » et « Ábreme el texto y registra ») en première partie. La jonglerie qu’Iñaki a dû faire pour combiner son travail dans extrême dur avec son groupe parent, Platero y Tú, ils se sont installés sur une tournée conjointe qui a commencé cet été et durerait jusqu’en novembre. De ces concerts seraient extraits les enregistrements de « Iros todos a tú por culo », l’album live sorti en 1997 maintenant le nombre moyen d’albums par an.

Non seulement cela. Robe mettrait de l’ordre dans sa vie et quitterait Grenade pour aller vivre avec sa compagne du côté d’Iñaki, au Pays basque. Là, dans la petite ville de Muxika (près de Guernica), Uoho a sa maison et son studio, où ils commenceraient à perpétrer les prochains albums du groupe, qui finirait par s’installer avec l’incorporation de José Ignacio Cantera ( batterie depuis 1997) et Miguel Colino (basse depuis 2001). Le « temps du chaos » était plus que réglé. La nouvelle étape de extrême dur. Il ne reste plus qu’à savoir s’ils pourront enfin réaliser leur tournée d’adieu en 2021 (initialement prévue en 2020 et retardée par la crise sanitaire) ou s’il faudra attendre encore un an pour les revoir et pour la dernière fois. .

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