Albert Pla & Raül Refree, critique de l’album Miedo en Mondo Sonoro (2018)

Albert Pla & Raül Refree, critique de l’album Miedo en Mondo Sonoro (2018)

14 octobre 2021 0 Par Le Caiman

Salut.

Peur. En ce moment j’ai peur de la blancheur de ma page. Panique de ne pas être à la hauteur de la tâche et de ne pas pouvoir écrire quelque chose de peu intéressant qui attire l’attention du lecteur et qui en même temps donne des informations sur les derniers travaux d’Albert Pla et Raül Refree.

Et le truc c’est que ça fait peur.

En fait, lorsqu’ils m’ont demandé d’écrire ces lignes, la première peur qui m’est venue à l’esprit – qui est l’endroit où les peurs commencent mais ne s’arrêtent pas – était que l’album n’aurait pas de sens sans aller de pair avec le spectacle de dont Banda est Sonora. Et je dis cela parce que « PEUR » C’est l’œuvre théâtrale la plus aboutie, la plus complète, la plus spectaculaire et la plus solide de celles perpétrées par l’esprit turbulent d’Albert Pla, donc isoler les chansons en les privant de leur mise en scène m’était très difficile à imaginer. Je dirais que je n’étais pas tout à fait convaincu qu’ils pouvaient fonctionner seuls en toute autonomie. Et la vérité est que je ne le suis toujours pas. Car pour quelqu’un qui a déjà vu l’œuvre, il est quasiment impossible de faire l’exercice d’abstraction qui nécessite d’empêcher qu’à l’écoute des onze chansons qui composent cet album, les images choquantes créées par le couple d’artistes plasticiens argentins qui signent comme Mondongo, ne vous matérialisez pas avec force dans votre esprit. Je vais quand même l’essayer.

D’emblée, permettez-moi de dire que « Peur », l’album, est une œuvre signée par Albert Pla et Raül Refree. Quelque chose qui a écrit comme ça, sans plus, est un truisme, mais ce n’est pas tellement si on se met à écouter attentivement les chansons dont il est composé.

L’album débute par une triste litanie dans laquelle les médiators de Raül accompagnent le requiem d’Albert, qui s’appuie sur l’apport toujours élégant de la grande voix de Rocío Márquez en majuscules. Tout un succès. Après cela, c’est un pianillo jouet qui reproduit la voix enfantine d’Albert Pla dans une chanson intitulée « Dead », une chanson qui grandit dans un exercice d’adieu inverse, puisqu’elle appartient aux vivants, à leurs problèmes et à leurs peurs, dont il est nécessaire d’apparaître dans la réalité. Ce qui se passe, c’est que nous sommes tellement occupés par nos absurdités mondaines que nous sommes incapables de le réaliser. Un message aussi simple que puissant.

« A por mi », cependant, semble s’abreuver davantage des bandes originales de Danny Elfman et de sa fanfare de l’au-delà, tandis que « Bailando » est la seule chanson composée par Albert Pla et sa partenaire Judit Farrés sans la participation de Refree et de lui. c’est vrai que, de toutes les chansons de l’album, c’est la seule qui pourrait s’adapter par structure et tonalité à cet album de berceuse qu’Albert a composé intitulé « Anem all illit ? » (2002). La main de Raül est à nouveau perceptible dans « Doll », dans lequel il crée un décor lugubre qui à certains moments peut rappeler le travail que l’acteur Ryan Gosling et son ami Zach Shields ont créé pour un album concept quelque peu similaire intitulé « Les os d’un homme mort » (2009). Même si, à la recherche de références plus précises, personne n’échappe à Pascal Comelade, qui accompagnait déjà Albert Pla dans le passé (« Somiatruites », 2011) – est un autre de ces artistes que Raül admire beaucoup et dont il s’inspire parfois. Il suffit d’écouter l’instrumentation jouet de la mélodie innocente de « Mouse » et « Park » pour le certifier. Le plus classique d’Albert Pla refait surface dans « Circo », celui qui fait l’un des récits les plus bestiaux mais raconte avec un manque d’innocence qui rattrape et qui provoque toujours immanquablement des sourires de complicité. Et rien de mieux pour finir un album sur le thème de « Fear » que de puiser dans un décor de fanfare de la Nouvelle-Orléans dans « Dejadme » ou les airs d’adieu mélancoliques de « Adiós Mama ».

« Peur » c’est un spectacle oui, et très bien en effet. C’est pourquoi je vous invite à assister à l’une de ses représentations. De plus, cet album aura beaucoup plus de sens une fois mis en contexte. Cependant, si vous êtes si lâche que vous n’allez pas vous rendre au théâtre le plus proche pour trembler de plaisir, laissez au moins jouer cet album, qui cache bien plus que ce que l’œil nu semble offrir. Bien sûr, ne pensez même pas à l’écouter dans l’obscurité d’une nuit sans lune et à répéter le mot « FEAR » à haute voix plus de sept fois. On ne sait jamais ce qui peut arriver.

Et voilà, à bientôt cher mélomane
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