Chronique du concert de Metallica au WiZink Center (2018)

Chronique du concert de Metallica au WiZink Center (2018)

8 juin 2022 0 Par Le Caiman

Bonjour à tous.

James Hetfield et compagnie ont été en Espagne jusqu’à vingt-cinq fois depuis leur première fois en 1987. Mais cela n’a pas nui au désir des 16 700 participants qui ont vendu les billets le jour de son départ, il y a près d’un an, brisant registres de présence dans le Palais des sports, et répétant toujours la performance deux jours plus tard. Et c’est que les Angelenos n’ont pas été vus sur notre terre depuis le 26 mai 2012 dernier, lorsqu’ils ont marché sur le Getafe Sonisphere Festival, dont tous se souviennent avec nostalgie,

Ils viennent d’arriver à Lisbonne, où ils ont rendu hommage au guitariste récemment décédé Zé Pedro, et à son groupe de rock Xutos & Pontapés (qui n’a pas cessé depuis 1978 mais peu le savent en Espagne, dans cette incroyable distance culturelle que nous continuons à maintenir avec le pays voisin.)

Des semaines avant ces concerts en Europe, la présence de Metallica sur les réseaux a tout envahi : des critiques approfondies dans notre vaste presse musicale spécialisée, de leur dernier travail, Câblé… pour s’autodétruire (pour la première fois, sous son propre label, Blackened Records, 2017), ou la revente de billets sur des pages d’occasion (jusqu’à 400 € par billet). Et comment ne pas en parler : les mesures de sécurité annoncées pour l’événement, qui interdisaient même de porter des punaises… Mais aussi, les préparatifs : comme la vidéo de Lars Ulrich polissant des plaques ou les ampoules aux doigts de Hetfield après les répétitions. Un Big Metallic Brother dont ils font la promotion depuis ce documentaire, Une sorte de monstre (2004).

C’était la première des deux dates à Madrid : les 3 et 5 février, et le 7 février au Palau Sant Jordi de Barcelone, mais les réseaux ne savent pas comment s’occuper des spoilers et, en temps réel, tout le monde l’a découvert. à propos du  » hangar » qu’ils nous apportent : une scène centrale à 360º, batterie rotative incluse et toutes sortes de gadgets dans sa structure avec des étages qui s’ouvrent (on se souvient de la récente chute de Hetfield à Amsterdam) était l’espace sur lequel l’un des les concerts auraient lieu les plus attractifs de ces derniers temps. Le résultat? Satisfaisant, mais rien d’extraordinaire non plus (ce qu’ils ont fait), bien que de nombreux éléments innovants, comme la performance avec un essaim de 100 micro drones de la société Verity Studios, pour le deuxième single de Câblé…, Moth Into Flame, ou le jeu programmé constant des 52 cubes led, qui au début ne semblaient pas très attrayants mais après les avoir vus fonctionner et interagir avec le concert, ils se sont avérés être l’attraction principale. Un groupe central de projecteurs très puissants complétait un spectacle qui, selon l’endroit où vous vous trouviez, vous verriez des choses différentes. Une mise en scène innovante qui a volontairement joué avec cette autocontradiction posée par le dernier album de Metallica, Câblé… pour s’autodétruire.

Avant Metallica il y avait les Norvégiens Kvelertak. Sa tournée déjà prolongée du troisième album, Nattesferd (2014) les a amenés à réaliser de grandes choses, comme cette relation symbiotique avec les géants du thrash. Après avoir entrecoupé sa tournée avec celle de Metallica, et traversé d’autres villes comme Séville, Valence et Bilbao, Kvelertak nous a offert une suite de ce spectacle live que nous avons déjà pu apprécier au Download Festival l’été 2017. Après avoir tourné avec Slayer et Anthrax, ou après s’être produit dans des festivals comme Azkena ou Primavera Sound, les nordiques ont fait des adeptes et déploient leurs signes identitaires, avec le symbole de la chouette. Malgré les limites du son et des lumières habituellement appliquées aux groupes d’ouverture, ils ont démontré avec des morceaux comme Åpenbaring, Mjød ou 1985 qu’ils sont capables de combiner des genres comme le black metal, le punk ou le rock and roll.

La prémisse selon laquelle la technologie nous tue était, comme je l’ai dit, le noyau thématique sur lequel Métallique s’installe cette dernière étape de reprises, d’hommages, et d’une mise en scène étudiée au millimètre près. Avec une setlist très similaire à celle du Portugal, les intros de The Ecstasy of Gold d’Ennio Morricone et Hardwired ont commencé à jouer. Un début où certaines choses devaient encore être améliorées sur la table de son, qui avec Atlas, Rise ! s’améliorerait sensiblement.

Seek & Destroy serait le premier des classiques, et il fallait le remarquer même dans la rue, en raison de l’accueil du public ; ainsi que l’inattendu Leper Messiah de 86, ou For Whom The Bell Tolls, de 85. Un voyage dans le temps qui sera interrompu par un joli sursaut : la « batucada » de Now That We’re Dead avec les quatre musiciens au rythme du tambour.

Les projections hyperréalistes qui simulaient des personnes enfermées à l’intérieur des cubes LED ont fait de Welcome Home (Sanitarium) un vrai bonheur. La synchronisation du spectacle était, à tout moment, un enseignement, contrairement à la section musicale, où Metallica jouissait d’une exécution correcte mais sans plus grande gloire. On a vu Kirk Hammett très concentré sur une seule chose : ses riffs. Quelque chose en retrait, attendu, si l’on se souvient de l’apparent manque d’intérêt du musicien, dont les contributions sur le dernier album se sont fait rares.

Le bassiste Robert Trujillo était le plus dévoué au public et à la musique. On l’a vu jouer au pied de la fosse, se déplaçant comme un scorpion, et c’est lui qui s’est aventuré à lancer le « repère local » de chaque concert de cette tournée. Là où Xutos & Pontapés ont joué à Lisbonne, ici aurait lieu le mythique Vamos Muy Bien d’Obús, qui, malgré un clin d’œil très bien fait, n’a malheureusement pas su le défendre correctement. Avec des côtelettes en main des paroles et quelques erreurs instrumentales, cela ressemblait plus à une anecdote forcée. On n’a pas non plus très bien compris à quelle vitesse le solo de basse électrique frénétique d’Anesthesia est entré, qui sert d’intro à For Whom The Bell Tolls, la chanson issue d’un texte d’Hemingway, continue d’être un hommage respectueux au toujours mémorable Cliff Burton et nous vîmes, comme d’habitude, Hetfield pointer vers le ciel. Le public scandait en tenant ses drapeaux (format A4, oui, par interdiction expresse). Et ce sentiment s’est maintenu tout au long du show : celui d’un public se réclamant du classique de Metallica, et ceux-ci faisant ce qu’ils voulaient. La présence de reprises (comme Die, Die My Darling de Misfits) au lieu de jouer leurs propres jalons nous a rappelé que le groupe a, comme aucun autre groupe, le poids de l’histoire musicale sur son dos.

La dernière section a commencé avec Spit Out The Bone, une chanson qu’ils ont vilipendée au début de la tournée, mais le public a exigé son inclusion dans la setlist. C’est le thème long chargé de clôturer Câblé… et ça finit par être lourd en live. Sad But True, One, Master Of Puppets, et le rappel de Nothing Else Matters et Enter Sandman constituaient le « set immortel » tant attendu. Dans les premiers rangs, le désir d’une fosse aux serpents où la rage pourrait être désinhibée a été généré, mais la diversité du public, les mesures de sécurité et d’autres facteurs ont rendu ce désir impossible.

D’innombrables hits ont été laissés de côté où chaque fan pouvait créer sa propre setlist et nous ne serions probablement jamais tous heureux. Mais peut-être est-il encore plus surprenant que des morceaux plus actuels comme Lords Of Summer n’aient pas été joués, qui était, en 2014, la première chanson de Metallica en sept ans, et celle qui ouvre le troisième CD de l’édition de luxe de cet album historique.

Bref, un spectacle vivant spectaculaire, avec un rythme inégal et des fautes des musiciens, mais avec plusieurs mois d’étude et de préparation, et non sans risques supplémentaires comme l’utilisation d’écrans mobiles ou de lance-flammes autour des tambours (pauvre Lars, le feu ressenti depuis les tribunes), par Metallica qui a toujours compris l’importance de l’image et la porte désormais au énième degré. C’est quelque chose qu’ils ont déjà démontré en enregistrant un clip pour chacune des douze chansons de leur dernier album. Une fin glorieuse et amusante du spectacle, où des centaines de choix ont été distribués ; avec Ulrich crachant de l’eau dans la bouche des fans les plus malades (tradition maison) et enfin, une tentative d’attirer les nouvelles générations. Hetfield a fait venir Attila, un garçon de sept ans, du public pour délivrer un message : nous devons à tout prix défendre l’héritage du heavy metal injustement décrié. Oui, James, même si c’est à des prix exorbitants et sans son principal signe identitaire : les clous interdits.

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Et voilà, j’espère que vous avez appris de nouvelles choses cher mélomane
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