Revue « Je ne suis pas un chien sur une chaîne » de Morrissey (2020)

Revue « Je ne suis pas un chien sur une chaîne » de Morrissey (2020)

20 avril 2022 0 Par Le Caiman

Bonjour.

« Je ne suis pas un chien sur une chaîne » implique un glissement de terrain sur la planète Morrissey. Léger, mais perceptible. Qu’est-il arrivé à ce jeune homme qui ne jurait que par la musique dance, en particulier la musique noire ? À voir : l’immersion dans les rythmes électroniques suggérée par les œuvres précédentes résonne dans certaines des coupes de ce nouveau LP, le quatrième d’affilée produit par Joe Chiccarelli, et c’est aussi Thelma Houstonvétéran de la Motown qui a vécu son apogée avec le hit disco « Don’t Leave Me This Way », qui lui donne la réplique dans le stimulant « Bobby, Don’t You Think They Know ? », une de ses avances.

Il est paradoxal que, juste au moment où Mozzer est devenu plus récalcitrant réactionnaire, nous nous montrons moins conservateurs que jamais musicalement. Vous ne savez pas si vous préférez tomber sur un album complètement médiocre, comme ce fut le cas avec « Faible au lycée » (17), pour le mettre de côté, tourner la page et dédier son temps de quarantaine à autre chose. Ce n’est pas, et même si ce n’est pas (loin de là) un album sans tache, cela oblige à se poser des questions. La curiosité chatouille. Intrigue, waouh. Parfois ça plaît, parfois ça déconcerte. Mais il offre des raisons de ne pas laisser indifférent. Et cela faisait longtemps que cela ne lui était pas arrivé.

Celui de Manchester a un peu mieux puisé dans son encrier, a affiné sa rubrique (c’est vrai que ce n’était pas difficile, venant du catalogue de décombres d’où il venait) et a réussi à sauver des essences inédites dans son discours avec quelques-uns de ses caractéristiques les plus reconnaissables. Oublie, attention, ta couverture la plus laide depuis « inadapté » (97), typique d’un bootleg inconnu. « Jim Jim Falls », avec ses rythmes électroniques décomplexés, ses cordes synthétisées et cette guitare accompagnée « Monstres effrayants », convaincre. La synth pop baroque de « Love Is On Its Way Out » montre aussi un artiste en mouvement, qui n’a pas peur de déraper. Ce qui est remarquable, c’est de vérifier qu’il y a aussi des signes vitaux récupérés dans son disque plus traditionnel : le thème vaudevillien titulaire, qui pourrait parfaitement provenir de « Tuez l’oncle » (91), les guitares acoustiques qui font vibrer le merveilleux mid-tempo « What Kind Of People Live In These Houses? » et le dernier volet du jubilatoire « Knockabout World », d’une plénitude vocale que nul ne saurait contester, vient renforcer une première demi-heure qui est la meilleure qu’elle ait affichée depuis des années.

Évidemment, demander à Morrissey de la retenue à ce stade de sa vie, c’est comme demander au roi d’Espagne d’évoquer les magouilles de sa famille dans un message télévisé, si bien que la dernière ligne droite de l’album ternit ce qui aurait pu être un mini LP plus que remarquable. La pop technifiée de « Once I Saw The River Clean » sonne raide, sans trop de naturel, c’est une chanson qui rentrerait plus dans le répertoire d’un Marc Almond. Ce n’est pas ton dossier. La salade de chœurs de piano, mandoline, clavecin et soprano spectrale place « The Truth About Ruth » dans un terrain tellement maniériste qu’il le déplace. Et il n’est pas très clair que la dénomination des instruments de musique (violon, triangle, timbale, trombone) de l’épais « The Secret Of Music », avec ses sept minutes endormies dans l’une de ses revendications symboliques excentriques, veuille atteindre certains port reconnaissable : écoutez ce que Destroyer a récemment fait avec des osiers similaires sur « Cue Synthesizer » et vous comprendrez.

Peu importe, en tout cas, car le mythe de Morrissey ne dépend pas tant d’aborder un vieillissement au sommet de la légende (les pics crépusculaires de Bowie, Cohen ou Walker, par exemple, qui semblent si lointains) que d’aller se nourrir leurs concerts avec quatre ou cinq chansons cohérentes avec lesquelles oxygéner leurs setlists sans qu’ils souffrent. C’est votre ligue.

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Et voilà, c’est déjà la fin cher mélomane
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